«Le réel, par le truchement de la vue, devient Paysage.
Il est ma source d’inspiration.
Je photographie comme je ferais un croquis des lieux, des espaces,
des architectures, des coins des murs. Une fois répertoriées,
fragmentées, transformées ces images me servent à organiser et construire le sujet.
Celui-ci s’apparenterait à une représentation paysagère du quotidien
plus particulièrement de l’espace intérieur, celui où la peinture
se ferait -l’atelier- et où elle se montrerait -l’espace muséal-
Ceci comme un travail poétique - l’oeuvre en train de se faire-,
mais aussi conscience de dépeindre, d’habiter l’espace et de s’y laisser perdre.
En considérant le vide comme un élément constructeur, le sujet s’estompe,
s’efface, oscille comme les souvenirs vaporeux d’un rêve.
Parfois ceci est accentué par le jeu de la matité, de la brillance
qui dissimule, ne “donne” pas tout à voir au premier coup d’oeil.
Une peinture qui, je le souhaite, pose question, invite à se déplacer
face au tableau, joue avec la lumière du lieu in situ et génére un espace de projection.
C’est pourquoi la peinture est une volonté de (re)cadrer,
de délimiter un templum, une conscience de ce que peut dire
et penser la peinture - de ce qu’on peut y trouver,
de où l’on peut se retrouver, se perdre. Ce phénomène devient
le sujet même de mes recherches ; l’effacement de l’objet
dans l’entremonde de la perception, de l’imagination.
Je tiens à cette idée que la peinture est une question de contemplation,
une question de temps et d’expérience de la durée.
Ainsi peut-elle renvoyer aux origines, aux réels, être rassurante
et familière, et à la fois étrangement inquiétante, inssaisissable.
Une façon aussi de se promener dans un récit, plein d’optimisme et d’utopies...
Rien n’est à sa place.»
Nicolas Desplats