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Carnet d'artiste
La pensée du midi- revue littéraire et de bébat d'idées
n°30: mars 2010
Actes sud


Nicolas Desplats, monts et merveilles de l'autre rive, l'azur
La peinture de Nicolas Desplats s'inscrit en toute discrétion dans le sillon d'une peinture qui fut portée par les idéaux spatiaux de la Renaissance, une façon d'aller voir à travers la surface du tableau pour déloger les profondeurs transparentes de nos atmosphères.

Ainsi on saisira tout le ressort des perspectives que tisse Desplats dans ses images : elles reviennent sur les principes fondamentaux d'une perspectiva artificialis dont le programme est bien l'édification de la profondeur à l'appui d'un processus géométrique et conceptuel. La peinture est projet/projection. Elle conspire aussi avec régularité sur les impalpables transmissions de couleurs, �th�r�es par la profondeur de ses volumes d'air, et l'oeil n'a plus qu'à se tenir là où la peinture accepte de délivrer quelques mystères inavoués. On est ici au coeur de cette perspectiva naturalis chère à Léonard où le paysage n'est pas le pays de nos contemporains mais celui primitif immémorial où l'historia a pris naissance.

S'il est un enjeu fort dans cette pratique picturale, même si on admet bien évidemment qu'elle s'immisce dans l'indicible et l'indescriptible, c'est bien la quête persistante de faire parler les dimensions entre de la peinture : en cela les vrais motifs de sa peinture (au sens de ce qui motive le peintre à faire ceci), c'est une hypothèse bien sûr, ne sont pas ceux évidents, montagnes, tableaux, tréteaux ou coins de pièces, mais ce qui se trouve � moul� � par ces choses de quelque consistance : le coin d'air au coin d'un mur, l'espace vide qu'occupait des peintures, l'atmosphère entre les montagnes, l'ombre et la lumière le carré d'air dans le creux des tréteaux, mais aussi des choses (au sens de cause) prise en partie dans ce qui définit la peinture même : la dimension mince entre l'acte graphique instaurateur du tableau et l'acte pictural, qui par la couleur, de celare, cache en partie l'édifice ; mais par ce qu'elle cache elle trahit aussi les transfuges du médium, échappée du cadre, cadre dans la montagne, cadre dans le cadre, cadre dans l'angle de l'image, évanouissement du motif.

à ce titre, les peintures de Desplats n'ont en apparence rien de subversif il est vrai. Elle ne font appel à aucun motif qui puisse poser problème d'iconicité. Ils sont d'ailleurs peu nombreux ces motifs initiaux : montagnes, appartements, cadres, peinture dans la peinture, tréteaux ou éléments d'atelier ; c'est à peu près tout.

Il semble que l'enjeu de la peinture de Desplats se situe plus dans cette quète d'un espace imaginaire : la maison appelle l'espace, la montagne appelle la mer, l'intérieur l'en-face et l'en-face des images qui ne sont pas celles qu'on voit, mais celles qui se construisent dans notre imaginaire pour édifier l'espace de l'autre rive. Je dois un instant parler en mon nom, car ce que construit en moi la peinture de Desplats contribue malgrè moi à désigner ma façon de voir les paysages d'une Méditerranée que je ne connais pas, paradoxalement celle qui pense le désert comme le lieu privilégié de la sensation : un orient de fiction qui me porte dans la territorialité minérale de ses espaces, séche et de poussière.

Alors, quand je contemple l'azur de ses peintures, le ciel au loin je ne pense pas à la couleur bleu, mais au broyage extréme du minerai dans son mortier, celui du lapis lazuli, lazurwad en arabe, qui contribue à l'incarnation en finesse de la peinture.

La peinture de Desplats, en prenant des motifs qu'on dira immuables traverse et renverse avec tact (de toucher) un temps contemporain dans l'art de peindre qui s'inscrit véritablement dans la durée, ce projet persistant de viser l'autre rive afin de penser le mystère et l'immatériel feutré par l'atmosphère de la peinture.

Le carnet inédit que propose ici Nicolas Desplats prend à partie l'espace du livre afin de composer un parcours en image dans son travail, ou chaque image raconte un peu de la peinture qui la porte, mais aussi de l'espace qui nous conduit à elle par renversement permanent du tableau dans l'ombre et les absences feutrées de l'atelier.

Nicolas Desplats est peintre, mais il peint aussi avec des tréteaux, des murs défraîchis, un bout d'atelier dans une rue de Marseille et l'air ambiant. Et c'est dans cette mise en abîme, semble-t-il, que l'autre rive délivre la magie de sa matière broyée.

Nicolas Desplats est né en 1975 à Strasbourg où il obtient en 1998 une maîtrise d'arts plastiques. Il vit et travaille à Marseille. Il expose régulièrement en France et en Allemagne et il est notamment représenté par la galerie Martagon à Malaucène et a bénéficié du soutien de la Drac PACA en 2009. Son travail sera exposé en mars 2010 à l'artothèque Antonin Artaud à Marseille. Voir aussi : nicolasdesplats.com